»
Le Vice qui m’a tout pris. (2/2)
» J’ai murmuré : « Oui. » Elle m’a demandé si j’avais besoin d’un accompagnement. Je lui ai répondu que je pouvais gérer. Encore une fois, j’ai menti. Je ne gérais plus rien. À la maison, Émil ne me faisait presque plus
Partie 2 sur 2
» J’ai murmuré : « Oui. » Elle m’a demandé si j’avais besoin d’un accompagnement. Je lui ai répondu que je pouvais gérer. Encore une fois, j’ai menti. Je ne gérais plus rien. À la maison, Émil ne me faisait presque plus confiance. Un soir, il a vidé les tiroirs de mon bureau devant moi. Il a trouvé des relevés bancaires, des lettres de relance et plusieurs crédits que je lui avais cachés. Il a tenu un document entre ses mains. « C’est quoi ça ? » Je n’ai rien dit. « Tu as encore emprunté ? » Silence. « Combien ? » Je lui ai donné le montant. Il s’est assis. « Mais pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? » Je n’avais aucune réponse qui puisse expliquer plusieurs années de destruction. Il a murmuré : « On avait une vie normale. » Je lui ai répondu : « Je sais. » « Alors pourquoi tu as fait ça ? » J’ai baissé la tête. « Je ne sais pas. » Il a essuyé ses larmes. « C’est ça qui me fait le plus peur. Tu ne sais même plus pourquoi tu détruis tout. » Quelques semaines plus tard, Émil est parti avec notre fils. Il n’a pas crié. Il n’a pas cassé mes affaires. Il a simplement préparé quelques vêtements et les affaires de notre enfant. Avant de fermer la porte, il m’a regardée. « Je t’ai demandé de l’aide tellement de fois. » Je n’ai rien répondu. « Mais tu refusais toujours. » Puis il est parti. Après leur départ, l’appartement est devenu silencieux. Un silence différent de celui que je connaissais. Avant, j’aimais être seule. Maintenant, la solitude me faisait peur. Je regardais les affaires de mon fils dans sa chambre. Un dessin était encore accroché au mur. Il avait écrit mon prénom dessus. Je me suis assise sur son lit. J’ai pleuré. Mais même ce soir-là, alors que j’étais détruite, j’ai repris mon téléphone. C’était devenu plus fort que mes regrets. Ma santé a commencé à décliner sérieusement. Je ne mangeais presque plus correctement. Je dormais quelques heures par nuit. Je buvais trop de café et je vivais dans une tension permanente. J’avais des douleurs dans la poitrine, des tremblements et des maux de tête fréquents. Un matin, je me suis réveillée avec une sensation d’étouffement. J’ai cru que j’allais m’évanouir. Je suis allée voir mon médecin. Il a regardé mes analyses. « Vous êtes très fatiguée. » J’ai répondu : « Je sais. » Il a continué à examiner les résultats. « Vous dormez combien d’heures par nuit ? » « Trois ou quatre. » Il a relevé les yeux. « Et vous mangez correctement ? » J’ai hésité. « Pas vraiment. » Il a posé son stylo. « Et votre consommation ? » Je savais de quoi il parlait. « J’essaie d’arrêter. » Il m’a répondu calmement : « Vous essayez depuis combien de temps ? » Je n’ai pas répondu. Il a soupiré. « Vous avez besoin d’aide. Ce n’est plus simplement une mauvaise habitude. » J’ai regardé le sol. « Je peux gérer. » Il m’a répondu : « Non. Justement, vous n’arrivez plus à gérer. » Ces mots m’ont profondément blessée parce qu’ils étaient vrais. Quelques jours plus tard, Julien est venu chez moi. Il avait appris la situation par notre mère. Il s’est assis en face de moi. « Pourquoi tu ne nous as rien dit ? » J’ai répondu : « J’avais honte. » « Tu crois que je préfère te voir comme ça plutôt que de savoir la vérité ? » Je n’ai rien dit. Il a continué : « Tu nous as tous repoussés. Maman voulait t’aider. Émil voulait t’aider. Moi aussi. Mais chaque fois qu’on essayait de t’approcher, tu mentais. » J’ai commencé à pleurer. « Je ne savais plus comment arrêter. » Il m’a regardée longuement. « Alors pourquoi tu ne l’as pas dit ? » J’ai répondu : « Parce que j’avais peur que vous découvriez la femme que j’étais devenue. » Julien a baissé les yeux. « On l’avait déjà découverte. » Cette phrase m’a fait plus mal que tout ce qu’il aurait pu me dire. Les dettes continuaient d’arriver. Les courriers s’accumulaient sur la table. Certaines enveloppes restaient fermées plusieurs jours parce que je savais qu’elles contenaient probablement une nouvelle mauvaise nouvelle. Je reconnaissais les logos des banques, des organismes de crédit et des sociétés de recouvrement avant même d’ouvrir les lettres. Un matin, j’ai trouvé trois courriers dans ma boîte aux lettres. Un avis de paiement. Une relance. Une mise en demeure. Je les ai posés sur la table. Je suis allée chercher du café. Je suis revenue. Je les ai regardés pendant plusieurs minutes. Puis j’ai pris mon téléphone. Je savais exactement ce que j’allais faire. Je savais que je risquais de perdre encore de l’argent. Je savais que ma famille ne me faisait plus confiance. Je savais que ma santé se dégradait. Je savais que mes dettes augmentaient. Je savais que je m’étais éloignée de presque toutes les personnes qui m’aimaient. Et pourtant, cette envie était toujours là. C’est à ce moment-là que j’ai réellement compris ce qu’était devenu mon vice. Ce n’était plus une distraction. Ce n’était plus une mauvaise habitude. Ce n’était même plus une question d’argent. C’était devenu quelque chose qui décidait à ma place. Je pouvais regretter avant de commencer. Je pouvais pleurer après avoir perdu. Je pouvais promettre à ma mère d’arrêter. Je pouvais jurer à Émil que je ne recommencerais jamais. Je pouvais regarder mon fils et avoir honte. Je pouvais entendre mon médecin me dire que ma santé était en train de se dégrader. Je pouvais voir les dettes s’empiler sur ma table. Mais quelques heures plus tard, je recommençais. Et chaque fois que je recommençais, je perdais quelque chose de plus important que l’argent. J’ai perdu la confiance de ma famille. J’ai perdu mes amis. J’ai perdu mon sommeil. J’ai perdu ma santé.J’ai perdu mon travail. J’ai perdu mon appartement. J’ai perdu des années de ma vie. Mais la chose que je regrette le plus, ce n’est pas tout ce que j’ai perdu. C’est toutes les personnes qui étaient là avant que je ne tombe et que j’ai repoussées lorsque j’aurais eu le plus besoin d’elles. Ma mère m’avait dit : « Appelle-moi si tu as besoin de moi. » Julien m’avait dit : « Tu n’as pas besoin de traverser ça seule. » Thomas m’avait demandé : « Tu es sûre que ça va ? » Émil m’avait demandé : « Pourquoi tu ne me dis pas la vérité ? » Mon médecin m’avait dit : « Vous avez besoin d’aide. » Et moi, à chaque fois, j’avais répondu que tout allait bien. Aujourd’hui encore, lorsque je repense à toutes ces conversations, une seule question revient dans ma tête. Pourquoi ce vice ? Pourquoi ai-je continué alors que je savais ce qu’il me coûtait ? Pourquoi ai-je préféré quelques heures d’oubli à des années de confiance ? Pourquoi ai-je détruit ce que j’avais mis tant d’années à construire ? Je n’ai jamais trouvé de réponse. Je sais seulement qu’un jour, je croyais contrôler mon vice. Et qu’un autre jour, sans même m’en rendre compte, c’est lui qui contrôlait toute ma vie.
