Le Vice qui m’a tout pris.
Le Vice qui m’a tout pris. (1/2)
Le Vice qui m’a tout pris. Je me suis souvent demandé à quel moment tout avait commencé. Pas le jour où j’ai perdu mon argent, ni celui où ma famille m’a tourné le dos, ni celui où ma santé a commencé à se dégrader. Je p
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Le Vice qui m’a tout pris. Je me suis souvent demandé à quel moment tout avait commencé. Pas le jour où j’ai perdu mon argent, ni celui où ma famille m’a tourné le dos, ni celui où ma santé a commencé à se dégrader. Je parle du tout début, du premier moment où j’ai franchi cette petite limite que je pensais pouvoir franchir sans conséquence. À l’époque, je ne pensais pas être en train de devenir dépendante. Je pensais simplement avoir trouvé quelque chose qui me permettait d’oublier. Oublier mes problèmes, mes échecs, mes frustrations, les journées difficiles et cette impression permanente de ne jamais être suffisamment à la hauteur. Je me disais que je pouvais arrêter quand je voulais. C’est probablement ce que je me suis répété le plus souvent pendant les années qui ont suivi : « Je peux arrêter quand je veux. » Pourtant, chaque fois que je prononçais cette phrase, je m’enfonçais un peu plus.
Au début, personne ne s’inquiétait. J’avais un travail, un appartement, des amis et une famille qui me faisait confiance. Je continuais à travailler normalement, à sortir, à rire et à participer aux repas de famille. Mon frère, Julien, était probablement celui qui me connaissait le mieux. Un soir, alors que nous étions assis dans un bar après le travail, il m’a regardée jouer avec mon téléphone et m’a demandé : « Tu fais quoi depuis tout à l’heure ? » J’ai rangé rapidement l’appareil. « Rien, je regarde juste quelque chose. » Il a souri. « Tu as l’air bizarre en ce moment. » Je lui ai répondu que j’étais simplement fatiguée. Il n’a pas insisté. Je me souviens encore de son visage ce soir-là. Il avait remarqué quelque chose avant tout le monde, mais moi, je n’avais aucune envie de l’écouter.
Les premières fois, je perdais peu. Une cinquantaine d’euros, parfois cent. Je me disais que ce n’était rien. Puis un jour, j’ai gagné une somme suffisamment importante pour me convaincre que j’avais compris comment ça fonctionnait. J’étais rentrée chez moi avec le sourire. J’avais raconté à Julien que j’avais gagné de l’argent. Il m’avait regardée avec méfiance. « Tu joues souvent maintenant ? » Je lui avais répondu : « Non, pas vraiment. Et puis regarde, j’ai gagné. » Il m’avait dit : « Fais attention. » J’avais ri. « Tu t’inquiètes pour rien. Je maîtrise. » Cette phrase me revient souvent aujourd’hui. Je ne maîtrisais rien. Quelques mois plus tard, les petites sommes étaient devenues des centaines d’euros. Puis des milliers. Lorsque je perdais, je ne pensais plus à arrêter. Je pensais simplement à récupérer ce que j’avais perdu. Je me disais : « Une dernière fois. » Puis je rejouais. Je perdais encore. Alors je me disais qu’il fallait continuer pour récupérer la perte précédente. Je ne jouais plus pour gagner. Je jouais pour effacer mes pertes. Et chaque tentative pour revenir à zéro m’éloignait davantage de la réalité. Mon compagnon, Émil, a été le premier à découvrir mes mensonges. Un soir, il m’a demandé pourquoi notre compte commun avait diminué aussi rapidement. J’ai répondu que j’avais eu plusieurs dépenses imprévues. Il m’a regardée sans parler. « Quelles dépenses ? » J’ai commencé à chercher une excuse. « La voiture, des factures, le travail… » Il m’a interrompue : « Regarde-moi et réponds-moi franchement. Tu dépenses ton argent dans quoi ? » Je n’ai pas répondu. Il a compris. « Tu recommences ? » J’ai baissé les yeux. « Depuis combien de temps ? » Je lui ai dit que ce n’était pas aussi grave qu’il le pensait. Il s’est levé brusquement. « Ce n’est pas ce que je te demande. Depuis combien de temps ? » J’ai fini par lui dire. Il a pris une profonde inspiration. « Tu m’avais promis que tu avais arrêté. » « Je vais arrêter. » « Quand ? » « Bientôt. » Il m’a regardée avec les yeux remplis de larmes. « Tu m’as déjà dit ça. » Je n’avais rien à répondre.
À partir de ce jour, Émil a commencé à vérifier les comptes. Il découvrait des dépenses que je lui avais cachées. Je supprimais certaines traces, j’utilisais d’autres comptes, je mentais sur mes revenus et je prétendais que tout allait bien. Plus il essayait de comprendre, plus je trouvais de nouvelles façons de cacher la vérité. Mon vice m’avait transformée en menteuse.
Un matin, ma mère m’a appelée. Elle voulait simplement savoir comment j’allais. Nous avons parlé quelques minutes. Puis elle m’a demandé : « Tu as l’air fatiguée. Tu dors bien ? » J’ai répondu oui. Elle m’a dit : « Tu sais que tu peux me parler si quelque chose ne va pas. » J’ai presque tout avoué à ce moment-là. J’avais les mots au bord des lèvres. Mais j’ai eu honte. J’ai répondu : « Tout va bien maman. Ne t’inquiète pas. » Elle m’a dit : « D’accord. Mais appelle-moi si tu as besoin de moi. » Je n’ai jamais appelé. Quelques mois plus tard, j’ai commencé à emprunter de l’argent. D’abord à un ami, Thomas. Je lui ai expliqué que j’avais une difficulté temporaire. « J’ai un problème avec une facture qui doit être réglée prochainement. Tu peux me dépanner de 500 euros ? » Il a accepté sans poser beaucoup de questions. Une semaine plus tard, je lui ai demandé davantage.
« Tu es sûre que ça va ? » m’a-t-il demandé. « Oui. J’ai juste besoin d’un peu de temps. » Il m’a prêté l’argent. Je lui avais promis de le rembourser rapidement. Je ne l’ai jamais fait. Lorsque Thomas m’a relancée, j’ai commencé à éviter ses appels. Je voyais son nom apparaître sur mon téléphone et je laissais sonner. Puis je répondais avec une excuse. « Désolée, j’étais en réunion. » « Désolée, j’ai eu un problème. » « Je te règle ça bientôt. » Je savais que je mentais, mais à ce moment-là, le mensonge me semblait plus facile que d’avouer ce que j’étais devenue.
Puis j’ai commencé à vendre certaines choses. D’abord une montre que j’avais reçue pour mes trente ans. Ensuite mon ordinateur personnel. Puis une vieille console que mon fils utilisait parfois. Lorsque mon fils m’a demandé où elle était, j’ai répondu que je l’avais rangée.
« Pourquoi ? » « Parce que tu ne l’utilises plus beaucoup. » Il a haussé les épaules. « D’accord. » Je me suis sentie honteuse. Mais quelques heures plus tard, j’étais de nouveau devant mon téléphone. Je cherchais à récupérer l’argent. Je perdais encore. La situation a fini par exploser lorsque la banque m’a appelée. Une conseillère m’a demandé de venir en agence. Je me suis présentée avec une boule dans le ventre. Elle avait plusieurs documents devant elle. « Madame, nous avons constaté plusieurs mouvements inhabituels sur vos comptes. » J’ai essayé de rester calme. « Ce sont des dépenses personnelles. » Elle m’a regardée. « Nous avons également constaté plusieurs découverts successifs. » Je n’ai rien répondu. « Est-ce que vous rencontrez actuellement des difficultés financières ?
