Pendant longtemps, j’ai cru que les difficultés d’une entreprise se résolvaient avec du travail.
L’Entreprise qui m’a Détruit ! (1/2)
Pendant longtemps, j’ai cru que les difficultés d’une entreprise se résolvaient avec du travail. Lorsqu’un chiffre baissait, je travaillais davantage. Lorsqu’un client se plaignait, je l’appelais moi-même. Lorsqu’un cont
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Pendant longtemps, j’ai cru que les difficultés d’une entreprise se résolvaient avec du travail. Lorsqu’un chiffre baissait, je travaillais davantage. Lorsqu’un client se plaignait, je l’appelais moi-même. Lorsqu’un contrat était perdu, j’en cherchais deux autres. C’était ma manière de fonctionner depuis le début. J’avais créé mon entreprise avec quelques économies, un petit bureau loué dans une zone d’activités et deux employés. Au fil des années, l’entreprise avait grandi. Nous étions devenus une vingtaine. Nous avions des clients réguliers, des véhicules, des locaux plus grands, du matériel à financer et plusieurs contrats importants. Les gens autour de moi voyaient seulement la croissance. Ils ne voyaient pas les nuits où je restais devant mes tableaux de trésorerie pour essayer de comprendre comment une entreprise qui faisait du chiffre pouvait manquer autant d’argent.
Parmi les personnes qui m’accompagnaient depuis longtemps, il y avait Marc, mon associé. Nous avions commencé presque ensemble. Il connaissait l’histoire de l’entreprise, les premiers contrats, les premiers employés et les périodes où nous avions dû compter chaque euro. Au début de nos difficultés, il essayait encore de me rassurer. Un matin, il est entré dans mon bureau avec deux cafés à la main. Il en a posé un devant moi et m’a demandé : « Tu as dormi cette nuit ? » J’ai répondu que oui alors que je savais parfaitement que je n’avais presque pas fermé l’œil. Il a regardé les tableaux affichés sur mon ordinateur. « On ne peut pas continuer comme ça », m’a-t-il dit. J’ai soupiré avant de lui répondre : « Je sais. Mais si on arrête maintenant, tout s’écroule. » Il est resté silencieux quelques secondes. « Et si c’était déjà en train de s’écrouler ? » Je n’ai rien répondu. Le premier véritable problème est arrivé avec un gros client qui représentait une part importante de notre activité. Il nous devait plusieurs dizaines de milliers d’euros et le paiement était déjà en retard. J’ai appelé leur responsable financier, un homme nommé Laurent, que je connaissais depuis plusieurs années. Il m’a répondu d’une voix calme : « Écoute, je comprends ta situation, mais notre service comptable a pris du retard. » Je lui ai expliqué que nous avions nous-mêmes des échéances importantes. Il m’a promis : « Le règlement partira la semaine prochaine. Je te le garantis. » J’ai raccroché avec un léger soulagement. La semaine suivante, l’argent n’est pas arrivé. J’ai rappelé Laurent. Cette fois, il a commencé par s’excuser. « Je suis désolé, le paiement a encore été décalé. » J’ai essayé de garder mon calme. « Laurent, ça fait presque deux mois que tu me dis la même chose. J’ai vingt salariés à payer. » Il y a eu un silence. « Je comprends », m’a-t-il répondu, « mais je ne peux pas débloquer le paiement moi-même. » Après avoir raccroché, je suis resté quelques secondes à regarder mon téléphone. Je savais que derrière cette facture impayée, il y avait des salaires, des fournisseurs et des prélèvements que je ne pouvais pas repousser indéfiniment. Mon comptable, Julien, m’a appelé un vendredi matin. Sa voix était beaucoup plus sérieuse que d’habitude. « Il faut qu’on se voie aujourd’hui. » Je lui ai demandé ce qui se passait. « Ta trésorerie devient vraiment tendue. Je préfère qu’on regarde ça ensemble plutôt que de continuer à repousser le problème. » Une heure plus tard, il était assis devant moi avec son ordinateur. Il a ouvert un tableau et a commencé à faire défiler les chiffres. « Voilà ce qui doit rentrer. Voilà ce qui doit sortir. Et voilà ce qu’on a actuellement sur le compte. » J’ai regardé les colonnes. « Combien il nous manque ? » lui ai-je demandé. Julien a hésité avant de répondre. « Si le gros client ne paie pas rapidement, on aura un problème pour les prochaines échéances. » J’ai essayé de plaisanter pour cacher mon inquiétude. « On a déjà connu des mois difficiles. » Julien n’a pas souri. « Oui, mais là, ce n’est pas pareil. » C’est cette phrase qui m’a fait comprendre que la situation était réellement grave. Quelques minutes après son départ, Claire, ma responsable administrative, est entrée dans mon bureau avec une pile de factures. Elle travaillait avec moi depuis plusieurs années et connaissait parfaitement le fonctionnement de l’entreprise. Elle a posé les documents sur mon bureau. « Je dois lancer les paiements fournisseurs aujourd’hui. » Je lui ai demandé d’attendre. Elle m’a regardé sans comprendre. « Lesquels ? » J’ai pris une inspiration. « Attends avant de tout lancer. » Elle a compris immédiatement qu’il y avait un problème. « On n’a pas assez de trésorerie ? » Je n’ai pas répondu. Elle a baissé les yeux vers les factures. « Et les salaires ? » J’ai murmuré : « Les salaires seront payés. » Elle m’a regardé quelques secondes avant de sortir sans rien dire. Cette situation m’a obligé à faire quelque chose que je n’aurais jamais imaginé : choisir quelles factures payer. Un fournisseur pouvait attendre quelques jours. Un autre pouvait attendre une semaine. Certains, en revanche, menaçaient déjà de suspendre les livraisons. Je passais mes journées au téléphone à négocier. « Donnez-moi encore dix jours. » « Je comprends votre position. » « Je vous règle une partie maintenant et le reste à la fin du mois. » Je répétais les mêmes phrases à longueur de journée. Certains fournisseurs acceptaient. D’autres perdaient patience. Un lundi matin, Philippe, le directeur d’un de nos principaux fournisseurs, m’a appelé. « Tu me dois trois factures. » Je lui ai répondu que je savais. « Je t’ai toujours payé. Donne-moi juste quelques jours. » Il m’a répondu sèchement : « Moi aussi, j’ai des fournisseurs à payer. Je ne peux pas faire fonctionner mon entreprise avec des promesses. » Cette phrase m’a fait mal parce que je savais qu’il avait raison. Il a terminé l’appel en disant : « Si je n’ai pas le règlement vendredi, je bloque les prochaines livraisons. » J’ai posé mon téléphone sur la table et je suis resté immobile. Quelques jours plus tard, Philippe a effectivement bloqué la livraison. Le problème est devenu immédiatement concret. Nous avions un contrat important à terminer et nous avions besoin de ce matériel. Mon chef de projet, Thomas, est venu me voir. « On ne peut pas terminer le chantier sans la livraison. » Je lui ai demandé combien de temps nous pouvions tenir. Il m’a répondu : « Deux ou trois jours maximum. Après, le client va commencer à nous pénaliser. » Je lui ai dit que je trouverais une solution. Il m’a regardé avec un air inquiet. « Tu es sûr ? » J’ai répondu oui. Je n’étais sûr de rien. Le client a commencé à appeler. C’était Laurent, le même homme qui nous devait déjà plusieurs dizaines de milliers d’euros. « Pourquoi le projet prend du retard ? » m’a-t-il demandé. Je lui ai expliqué qu’il y avait un problème logistique. Il a répondu : « Ce n’est pas mon problème. Nous avons une date contractuelle. » Je savais qu’il avait raison. « Donne-moi encore quelques jours », lui ai-je demandé. Il a soupiré. « Je peux te donner trois jours. Après ça, nous appliquerons les pénalités prévues au contrat. » Lorsque j’ai raccroché, j’ai senti mes mains trembler. La banque est ensuite entrée dans l’histoire. Mon conseiller, Antoine, m’a demandé de venir à l’agence. Je connaissais déjà le sujet. Nous nous sommes installés dans une petite salle vitrée. Il avait devant lui les relevés bancaires, les prévisions de trésorerie et les résultats de l’entreprise. « Vous avez utilisé une grande partie de votre découvert », m’a-t-il expliqué. J’ai répondu que plusieurs clients avaient pris du retard dans leurs paiements. Il a hoché la tête. « Je comprends, mais la banque doit savoir comment vous allez revenir à une situation normale. » Je lui ai parlé des contrats en cours et des paiements attendus. Il m’a laissé parler avant de répondre : « Vos prévisions reposent principalement sur des paiements qui ne sont pas encore arrivés. C’est ça qui nous inquiète. » Je me suis senti humilié. Quelques années auparavant, je venais dans cette même banque pour présenter mes projets et demander des financements pour développer l’entreprise. Le conseiller me félicitait pour notre croissance. Maintenant, j’étais assis devant lui à essayer de lui expliquer pourquoi mon compte était presque à découvert. Avant de partir, Antoine m’a dit : « Je vais défendre votre dossier, mais il va falloir être très précis sur les prochaines semaines. » J’ai serré sa main et je suis sorti. Dans ma voiture, je n’ai pas démarré. J’ai posé mes deux mains sur le volant et j’ai regardé droit devant moi. Je pensais aux salaires. Ils devaient être versés quelques jours plus tard.
